Le Cordon Rouge, cuvée emblématique et iconique de la maison G.H. Mumm, fête cette années ses 150 ans. A cette occasion une exposition lui est consacrée jusqu’en décembre au Service Visite de la maison Mumm (34 rue du Champs de Mars à Reims), où sa présence au cinéma occupe une place particulière.
Pour célébrer cet anniversaire, Olivier Caron qui avait déjà consacré un premier article au sujet (« Le Cordon Rouge dans tous ses états ! »), a souhaité prolonger l’aventure en proposant un tour du monde cinématographique de la marque en seize étapes.
Le voyage débute en Pologne en 1937, passe par la France, les USA, le Royaume-Uni, l’Allemagne mais aussi le Mexique, la Roumanie (de Ceaușescu !), ou encore l’Ukraine pour s’achever en 2019 en Lithuanie.
Plus de quatre-vingts ans de présence sur grand écran, seize pays traversés et autant de regards portés sur une bouteille devenue, au fil du temps, et partout dans le monde, un véritable symbole du champagne français.
Bon voyage !
POLOGNE : Pani minister tańczy (1937)

Pani minister tańczy (dont la traduction littérale est : la ministre danse) est un film polonais réalisé par Juliusz Gardan (1901-1944) et sorti en 1937. Il fut également distribué en Angleterre sous le titre de Twin Sister et aux États-Unis sous celui de Miss Minister Dances.
Le film narre l’histoire d’une femme, ministre de la moralité publique, qui souhaite interdire l’alcool et les divertissements. À l’opposé, sa sœur jumelle, danseuse dans une revue de cabaret, incarne un esprit libre et insouciant. Leur présence dans la même ville va donner lieu à une série de situations aussi imprévisibles que cocasses.
Dans une scène, on aperçoit furtivement une bouteille de Cordon Rouge sur les étagères d’un bar. Au cours de cette séquence, la « limonade » commandée est en fait un alcool effervescent. On ne sait malheureusement pas s’il s’agit de champagne !


A gauche dans la version originale en noir et blanc, à droite dans une version colorisée ultérieure
ROYAUME-UNI : Old mother Riley in Paris (1938)

Dans cette comédie britannique de 1938 réalisée par Oswald Mitchell, une mère assez insupportable, Mrs Riley, offre à sa fille et à son futur gendre plusieurs bouteilles de vin et d’alcool en provenance de Paris, qu’elle a dissimulées à la douane. On trouve notamment plusieurs bouteilles de Cordon Rouge dont une dans un format hors norme, qu’elle est censée avoir caché sous sa robe, et qui pourrait bien être un Nabuchodonosor.
Old mother Riley est un personnage qui fut inventé et interprété (dans 17 films entre 1937 et 1952) par l’artiste de music-hall Arthur Lucan, et qui connut à l’époque un immense succès. À la mort de Lucan en 1954, c’est sa doublure (au théâtre et dans les derniers films), Roy Rolland qui reprit le rôle (sur les planches et surtout à la télévision) jusque dans les années 1980. Quant au rôle de Kitty Riley, la fille de Mrs Riley, il était tenu par Kitty McShane, la femme d’Arthur Lucan.



On y voit notamment Mrs Riley sortir de sous sa robe un Nabuchodonosor de Cordon Rouge

FRANCE : Croisières sidérales (1942)

André Zwobada, qui fut d’abord l’assistant de Jean Renoir et de Maurice Tourneur, tourne entre 1941 et 1942 son premier film : Croisières sidérales. Il s’agit d’un film de science-fiction, un genre encore assez rare à l’époque. Pourtant, cette œuvre, dont le point de départ, un voyage dans l’espace-temps, était prometteur et dont la distribution est de qualité, avec notamment Madeleine Sologne, Jean Marchat et surtout Julien Carette, se révèle au final assez médiocre.
Dans La France de Pétain et son cinéma, Jacques Sicler écrit à propos de ce film :
Sous l’Occupation, Croisières sidérales pouvait plaire par son côté « grand spectacle » et la vision d’une avenir sans guerre, sans cartes de rationnement et sans problèmes graves. On ne se souciait pas de vérité scientifique. On s’attachait à l’illusion d’une paix retrouvée, d’une civilisation moderne permettant de s’évader dasn l’espace et de résister aux usures de l’âge. De nos jours, cette fantaisie parait chaussée de semelles de plomb et son côté « rétro » – paradoxe pour une anticipation ! – manque terriblement de charme. Reste Carette, ahuri et drôle. Carette et son bagout étourdissant, à qui ces croisières à la manque amenaient des complications conjugales et ménagères.
Dans un film où le champagne est très présent, c’est au bar d’une nacelle de montgolfière mise au point pour des voyages dans la stratosphère que l’on aperçoit une bouteille de Cordon Rouge. La marque n’y joue pas un rôle important, mais elle est néanmoins la seule que l’on parvienne à identifier. Elle est, de ce fait, probablement la première marque à effectuer, au cinéma, un voyage dans l’espace.
Prémonitoire ? Le 25 juin 2025, dans le cadre de la mission Axiom 4 d’Axiom Space, la maison G.H. Mumm envoyait dans la station spatiale internationale la toute première bouteille de champagne : un Cordon Rouge Stellar, dont le flacon a été conçu par Octave de Gaulle, petit-neveu du Charles de Gaulle. Quelle histoire !

En haut à gauche de l’image on aperçoit une bouteille de Cordon Rouge

© G.H. Mumm/Pernod Ricard
ITALIE : Il Bidone (1955)

Du champagne au pays du prosecco, on en trouve plus souvent qu’on ne l’imagine, et dans tous les types de films, des chefs-d’œuvre aux nanars érotico-comiques qui constituèrent l’une des spécialités d’un certain cinéma italien des années 1970-1980. Ainsi, aperçoit-on au détour d’une scène du Cordon Rouge dans Una moglie, due amici, quattro amanti, réalisé par Michele Massimo Tarantini en 1980.
Le Cordon Rouge joue un rôle plus important, et bien plus valorisant, dans Il Bidone (1955) réalisé par Federico Fellini. Si pour une fois on ne voit pas la bouteille, la marque est néanmoins présente dans un dialogue, l’acteur américain Broderick Crawford demandant au garçon d’un club quel est son meilleur champagne. Deux noms sont alors mis en avant : Cordon Rouge et Perrier-Jouët.


Lors de cette séquence la cuvée Cordon Rouge est présentée comme l’un des meilleurs champagnes du club
En 1960, Federico Fellini remporte la Palme d’Or du festival de Cannes pour La Dolce Vita. Dans ce film, fidèle à la maison G.H. Mumm, le réalisateur met en scène non pas un Cordon Rouge, mais un Cordon Rosé, une cuvée millésimée rare, chère, et récente puisqu’elle n’avait été lancée que deux ans plus tôt dans le cadre du même festival (pour en savoir plus : Cannes, champagne ! Quand pétille le Festival).
GRECE : To teleftaio psema (1958)

Restons à Cannes, où fut présenté en sélection officielle, en 1958, To teleftaio psema (Fin de crédit), réalisé par Michael Cacoyannis. Ce cinéaste, surtout connu pour Zorba le Grec (1964), contribua dans les années 1950 à moderniser le cinéma grec.
Dans ce film, l’apparition du Cordon Rouge est assez surprenante. Elle intervient après une longue séquence se déroulant dans un restaurant, où un groupe d’amis dîne et boit du champagne, sans qu’aucune marque puisse être distinguée parmi les nombreuses bouteilles présentes sur la table. Il faut attendre la scène suivante pour qu’apparaisse enfin, au centre de l’écran, posée seule sur une table, une bouteille de Cordon Rouge.

ETATS-UNIS : Lover come back (1961)

Détour obligé par les États-Unis. Depuis les années 1920, le Cordon Rouge apparaît très régulièrement dans les productions américaines. Pour illustrer cette présence, nous avons choisi une comédie aujourd’hui quelque peu oubliée, réalisée par Delbert Mann, un cinéaste dont seuls les amateurs avertis se souviennent encore. Celui-ci reçut pourtant la Palme d’or à Cannes en 1955 pour Marty et, l’année suivante, quatre Oscars pour le même film, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur.
En 1961, il réalise Lover Come Back, sorti en France sous le titre Un pyjama pour deux, avec deux des plus grandes stars de l’époque, Rock Hudson et Doris Day. La scène avec la bouteille de Cordon Rouge est particulièrement réussie et amusante. Doris Day y interprète une jeune femme à la moralité irréprochable travaillant dans une agence de publicité. Elle découvre qu’elle a été doublée par un concurrent (Rock Hudson) qui, pour remporter un marché, n’a pas hésité à organiser pour l’un de ses clients (interprété par Jack Oakie) une soirée dont le spectateur comprend rapidement qu’elle fut particulièrement arrosée.
Dans une chambre d’hôtel largement dévastée par la fiesta nocturne qui s’y est déroulée, Doris Day constate avec effarement l’étendue des dégâts. Elle saisit alors une bouteille de Cordon Rouge sur laquelle elle a failli glisser et la jette rageusement sur un canapé. Sous l’effet du choc, la bouteille s’ouvre instantanément.



AUTRICHE : Die fledermaus (1962)

Retour en Europe, et plus précisément en Autriche, avec une comédie musicale sortie en 1962, Die Fledermaus (La Chauve-Souris). Cette adaptation de l’opérette éponyme de Johann Strauss est signée Géza von Cziffra, un réalisateur hongrois (du moins né en 1900 dans l’Empire austro-hongrois). À partir des années 1940, celui-ci se spécialisa dans le Revuefilm, un genre fondé sur le spectacle et le divertissement, mêlant chansons, danse et opérettes. Ces productions connurent un grand succès dans le monde germanophone entre les années 1930 et 1960.
Si dans Die Fledermaus il y a beaucoup de champagne, lors d’une longue séquence de séduction, c’est du Cordon Rouge qui est mis en scène, deux bouteilles étant ouvertes et bues !





MEXIQUE : Al fin a solas (1969)

Al fin a solas est un film mexicain réalisé par Rogelio A. González et sorti en 1969. Il semble n’avoir été distribué qu’au Mexique à l’époque pusqu’il faut attendre 2018 pour qu’il soit diffusé aux États-Unis, semble-t-il, sur une chaîne de télévision.
Cette comédie sentimentale – une comédie de mariage -, centrée sur les péripéties d’un jeune couple, offre au Cordon Rouge une apparition particulièrement romantique. Interprétés par César Costa et Rosa María Vázquez, les jeunes mariés dégustent en effet le célèbre champagne au cours de leur nuit de noces.







Le champagne Cordon Rouge initie un rapprochement amoureux entre les tous jeunes mariés
HONGRIE : Die Csárdásfürstin (1971)

Elle est signée par l’un des plus grands affichistes polonais de l’époque : Maciej Zbikowski
Die Csárdásfürstin (The Csardas Princess) est une coproduction hongroise et ouest-allemande, ce qui, à l’époque, n’avait rien d’évident sur le plan politique, même si la Hongrie des années 1970 était souvent considérée comme le pays le plus « libre » du bloc communiste. Il est d’ailleurs assez amusant de constater que le film sortit d’abord en Hongrie, en décembre 1971, puis un mois plus tard en Allemagne de l’Ouest et en Autriche, avant de n’être diffusé en Allemagne de l’Est que dix mois plus tard.
Réalisé par Miklós Szinetár, il s’agit de l’adaptation télévisée (mais exploitée en salles dans plusieurs pays) de l’opérette austro-hongroise éponyme composée par Emmerich Kálmán en 1915, sur un livret de Leo Stein et Béla Jenbach.
Le champagne y coule à flots. Il s’agit essentiellement de cuvées de la maison G.H. Mumm : du Cordon Vert dans une scène se déroulant dans un théâtre de music-hall, et du Cordon Rouge dans les séquences prenant place au sein d’un palais princier.


ROUMANIE : Serenadă pentru etajul XII (1976)

Restons de l’autre côté de ce que l’on appelait alors le « rideau de fer », en Roumanie, avec Serenadă pentru etajul XII (que l’on pourrait traduire par Sérénade pour le 12e étage), un film réalisé en 1976 par Carol Corfanta. Il raconte l’histoire de plusieurs familles de Bucarest qui échangent leurs maisons contre des appartements situés dans un complexe immobilier flambant neuf, au cœur d’un nouveau quartier de la capitale roumaine. Une comédie de propagande, certes, mais pouvait-il en être autrement dans la Roumanie de Nicolae Ceaușescu ?
On remarquera que la coiffe d’origine de la bouteille a été partiellement remplacée par une feuille d’aluminium. Bien que l’on puisse se demander si le contenu est bien du champagne, l’important est que l’utilisation de cette cuvée mondialement connue et reconnue suffise pour mettre en avant le champagne et son rôle dans la célébration d’évènements de la vie, aussi quotidiens soient-ils.
Par ailleurs, n’était-ce pas aussi une manière de montrer que même le prolétaire communiste avait droit à son champagne, en plus d’un appartement flambant neuf ?






ALLEMAGNE : Die Fälschung (1981)

Sorti en 1981, Die Fälschung (Le faussaire) est un film ouest-allemand signé Volker Schlöndorff. Georg Laschen, reporter de guerre en mission au Liban, arpente chaque nuit les rues de Beyrouth, ville meurtrie par les conflits. À la fois effrayé par la mort omniprésente et fasciné par l’effervescence de la cité, il voit son regard évoluer lorsqu’il rencontre Ariane, employée à l’ambassade d’Allemagne. Cette relation le conduit à porter un regard différent sur le Liban, sur la guerre qui le déchire, et à remettre en question son propre travail de journaliste ainsi que la vie qu’il mène.
C’est au cours d’une soirée dans un club de Beyrouth que plusieurs protagonistes du film, parmi lesquels Bruno Ganz et Jean Carmet, partagent du Cordon Rouge. La séquence est aussi pétillante que les discussions sont vives !





SUEDE : Svindlande affärer (1985)

Svindlande affärer (Big Business) est une comédie policière suédoise réalisée en 1985 par Janne Carlsson et Peter Schildt. Le Cordon Rouge est non seulement visible dans deux séquences du film, mais une bouteille figure également sur son affiche.


ISRAEL & ETATS-UNIS : Every time we say goodbye (1986)

Dans Every Time We Say Goodbye (Parole d’officier), sorti en 1986, Moshé Mizrahi dirige Tom Hanks, auquel il fait boire du Cordon Rouge. Il en avanle d’abord une coupe, puis, dans la foulée, une flûte.
Alors qu’il n’est encore qu’une jeune étoile montante du cinéma américain (ce n’est que de son huitième film), l’acteur semble déjà associé au Cordon Rouge. En effet, un an plus tôt, en 1985, on le retrouve partageant l’affiche de la comédie Volunteers (Toujours prêts), réalisée par Nicholas Meyer, aux côtés d’une bouteille de cette marque, alors même que son personnage n’en boit jamais au cours du film !




UKRAINE : Fuchzhou (1993)

En 1993 sort Fuchzhou (Foochow), un film ukrainien réalisé par Mykhaïlo Illienko, cinéaste ukrainien né à Moscou. Il s’agit probablement du film dans lequel le Cordon Rouge cumule le plus long temps de présence à l’écran, puisqu’il apparaît dans plusieurs séquences représentant au total plus de vingt minutes.
Les premières images du film sont, de ce point de vue, particulièrement explicites, puisqu’une bouteille y apparait en gros plan !






ESPAGNE : Kika (1993)
Qu’on se le dise, il y a sans doute plus de champagne dans les films de Pedro Almodóvar qu’il n’y a de cava ! On en trouve en effet dans Talons aiguilles, La Fleur de mon secret ou encore Les Amants passagers. Il y en a également dans Kika, qu’il réalise en 1993. Lors d’un dîner entre Kika (Verónica Forqué) et Ramón (Àlex Casanovas), c’est une bouteille de Cordon Rouge qui est débouchée puis dégustée.
Du Cordon Rouge, donc. Mais est-ce si étonnant ? Le rouge est sans doute l’une des couleurs, sinon celle avec laquelle le réalisateur aime le plus jouer. La rencontre entre Pedro Almodóvar et le célèbre ruban rouge était certainement inévitable.




LITUANIE : Vestuves (2019)
Terminons notre petit tour du monde par un film lituanien, Vestuves (Le mariage) réalisé par Vygantas Bachmackij. C’est après avoir découvert la pièce de théâtre du même nom, mise en scène par Oskaras Koršunovas, que Bachmackij décida de l’adapter au cinéma. Il rencontra alors plusieurs producteurs et parvint à les convaincre que le film serait à la fois original, drôle et susceptible d’attirer un large public.
Or, peu après le début du tournage, le réalisateur commença à se comporter de manière étrange. Il apportait des objets insolites sur le plateau, exigeait de tourner dans les décors les plus luxueux possibles et de louer les costumes les plus coûteux. Il alla même jusqu’à demander aux acteurs de sauter dans l’eau ou de ramper sur un sol sale jusqu’à déchirer leurs vêtements.
Les caprices du réalisateur atteignirent un tel niveau, et les répétitions furent si nombreuses – aucune ne semblant satisfaire le « jeune génie » – que l’équipe de tournage, épuisée, se démotiva rapidement.
À l’arrivée, les spectateurs douchèrent les espoirs du jeune réalisateur en multipliant les commentaires négatifs sur les réseaux sociaux.
Retenons toutefois que, dans ce délire à la fois surréaliste et luxueux, ce sont des bouteilles de Cordon Rouge qui accompagnent les festivités du mariage.


